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J’ai ouvert la porte, je suis sortie, j’avais 18 ans, j’ai pris le risque
Dehors, Ema Drouin croise le chemin de la famille Morallès, avec qui elle s’envole pour la première fois au trapèze, puis elle rencontre Philippe Freslon et, en 1987, ils fondent la Compagnie Off à Tours. Elle y aborde l’écriture, la conduite des spectacles et des interventions, la direction d’acteurs. Trapéziste et actrice, elle y interprète les images décalées du répertoire de la compagnie. Élève de l’École nationale du cirque au Carré - Sylvia Montfort, elle suit les cours de l’école de Trapèze Volant de Jean Palacy à Noisiel, joue avec la Ligue d’Improvisation. Elle travaille avec Philippe Gaulier, Sigmunt Molik, Tarak Hamman (méthode Grotowski). Elle suit également les cours d’Alexandre del Peruggia. En 1990, elle s’émancipe, et invente un Deuxième Groupe d’Intervention pour aller au contact, pour s’exposer, sexe poser ? Avec des femmes, et avec des mots. En 1995, elle part avec son "héritage" pour réaliser son ambition : écrire pour la rue et placer l’acteur et la prise de parole au coeur de l’espace public. Elle fonde Deuxième Groupe d’Intervention avec Jérome Plaza et Renaud Grémillon et s’installe avec l’association de compagnies artistiques Les Mêmes dans l’ancienne Blanchisserie du groupe hospitalier Charles Foix, spécialisé en gérontologie, à Ivry-sur-Seine. Ema Drouin pilote avec Françoise Vuillaume le groupe Écrire pour la rue mis en place par le ministère de la Culture dans le cadre du Temps des Arts de la Rue. Présidente de la Fédération des Arts de la Rue en Île-de-France entre 2006 et 2008. Elle fait partie du groupe de travail Mais Que Font Les Artistes ? Elle intervient régulièrement lors de sessions de formation ou de réflexion ( la FAIAR -Formation Avancée itinérante pour les Arts de la Rue-, l’Atelier 231, Réseau Arts de Ville). Fin 2007, après une résidence décisive à Harfleur, Deuxième Groupe d’Intervention quitte la Blanchisserie et s’installe à Malakoff.
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Son terrain de recherche et d’expérimentation se situe autour de ce que Ema Drouin nomme "l’organicité", c’est-à-dire tout ce qui a trait au corps animal, au travail sur l’impulsion, à la disponibilité, l’occurrence, au service de la rencontre dans l’espace public. Tressage de disciplines, ouverture à des interprètes porteurs d’univers forts, le langage artistique est questionné et enrichi au fil de chaque création.
Corps aérien Élève à l’école nationale du cirque au Carré Sylvia Montfort, elle suit les cours de trapèze volant de Jean Palacy à Noisiel, croise le chemin de la famille Morallès, travaille la voix avec Sigmunt Molik, comédien fer de lance de Grotowski, le jeu avec Tapa Sudana, acteur du Mahabarata, et avec Alexandre del Peruggia pédagogue du mouvement, le regard moteur et l’écoute, la prise de risques et la vigilance, la spatialité et la sensorialité.
Body art, performance et art contemporain Cette sensibilité au corps la met en contact avec les oeuvres des grandes figures du body art et de la performance dans l’espace public comme l’artiste serbe Marina Abramovic, Gina Pane, le travail en photo noir et blanc de Francesca Woodman, les actes corps-engagés de Valie Export ou Ana Mendieta, le travail graphique sur le sol de la plasticienne vidéaste Lotty Rosenfeld.
Pour, avec et dans l’espace public Parmi ses points de repères forts, elle cite souvent Bivouac de la compagnie Générik Vapeur (trafic d’acteurs et d’engins) qui symbolise pour elle le défi par rapport à l’espace public, où, en groupe, et dans un acte artistique, les limites de la transgression sont repoussées, Le Rôdeur de Turbulences d’après Enzo Cormann, dont elle apprécie la pertinence du rapport à l’espace et l’intelligence de la situation proposée au spectateur, Brackland de la compagnie Dakar pour sa mise en perspective et en paysage de la décadence du monde ou les innovantes propositions contextuelles et politiques d’ICI-MÊME Paris qui mettent en exergue les aliénations contemporaines.
Un questionnement politique au long cours Elle évoque la colère et la nécessité vitale de sexe poser. Elle est une des premières à se positionner comme auteure pour l’espace public. Dans une dynamique du maintenant ou jamais, de défi et de prise de risque, elle décide de porter avec ses propres modalités une parole peu entendue, les paroles des femmes, avec des femmes, entamant là un questionnement politique au long cours, avec des figures, ni convenues, ni convenables, ni polies, ni policées, et de son propre aveu "un peu trash" qui visent à questionner ensemble l’apparence et le trouble, les codes de la représentation, et partant, le vivre ensemble dans l’espace public, les relations de l’individu avec le collectif, la relation privé-public, la mise en contexte de sa partition "à trous", c’est-à-dire en dialogue avec son public.
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Texte d'Ema Drouin paru en 2008 in Le théâtre de rue, un théâtre de l’échange Marcel Freydefont et Charlotte Granger Revue études théâtrales n°41/42
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La rue, le plus court chemin entre soi et les autres ?
Écrire et réaliser des situations artistiques pour, avec et dans l’espace public sont une façon d’entrer en frottement, en contact avec la réalité, sous la douceur de la pluie ou la chaleur des rayons du soleil. Fictionnelles ou non, les situations s’y inscrivent et prennent cette réalité comme support. Constituée de lieux, de personnes, d’usage, la réalité colore la proposition et lui donne toute sa dimension. En échange, poreuse, la proposition donne à lire la réalité.
Choisir la réalité pour y poser un acte artistique, c’est choisir que l’écriture sera travaillée par le réel. Sujets des propositions, adéquation à un lieu, relation aux personnes, choix du moment, de la durée, sont autant de choix qui font écriture. En fonction des propositions, les incidences sont plus ou moins grandes, les objectifs différents, mais le rapport à la réalité est toujours présent, qu’il soit pris en charge par les artistes ou les organisateurs. ++ clic
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